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Circonstances extraordinaires : quand la compagnie peut refuser l’indemnisation

Dernière vérification le 4 octobre 2026Sources et méthodologie6 min de lecture

Circonstances extraordinaires

La réponse courte

Selon l’article 5, paragraphe 3, du règlement 261/2004, une compagnie ne peut refuser l’indemnisation que si elle prouve deux choses : l’annulation ou le retard est dû à un événement non inhérent à son activité normale et échappant à son contrôle effectif, et elle n’aurait pas pu éviter la perturbation même en prenant toutes les mesures raisonnables. La météo et le contrôle aérien en relèvent en général. Les pannes techniques et les grèves du personnel, en général non.

Base juridique
Art. 5, par. 3, règlement 261/2004
Charge de la preuve
Sur la compagnie
Deux conditions
Événement extérieur + toutes les mesures raisonnables
Toujours dus
Prise en charge, remboursement ou réacheminement
Sur cette page
  1. Le critère de l’article 5, paragraphe 3
  2. Ce qui compte en général et ce qui ne compte pas
  3. Ce qui reste dû
  4. Comment contester un refus
  5. À partir du 23 octobre 2027 : une définition et une liste

Presque toutes les demandes d’indemnisation rejetées en Europe s’appuient sur ces deux mots. Le règlement ne les définit pas : leur sens vient des arrêts de la Cour de justice de l’UE. Ces arrêts lisent l’exception de façon restrictive.

Le critère de l’article 5, paragraphe 3

Une compagnie n’est pas tenue de payer l’indemnisation « si elle peut prouver » que l’annulation est due à des circonstances extraordinaires qui n’auraient pas pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises (art. 5, par. 3, règlement 261/2004). La même défense s’applique aux retards de trois heures ou plus (CJUE, Sturgeon, C-402/07).

La compagnie doit prouver deux choses distinctes.

1. L’événement était extraordinaire. Il doit s’agir d’un événement qui, par sa nature ou son origine, n’est pas inhérent à l’exercice normal de l’activité de la compagnie et échappe à son contrôle effectif (CJUE, Wallentin-Hermann, C-549/07). Les deux volets sont requis.

Le considérant 14 donne des exemples comme l’instabilité politique, la météo, les risques de sûreté, les défaillances inattendues de sécurité du vol et les grèves, mais la Cour a jugé qu’il ne s’agit que d’indications : chacun doit encore passer le critère.

2. La perturbation n’aurait pas pu être évitée. La compagnie doit montrer que, même en mobilisant tout le personnel, le matériel et les moyens financiers dont elle disposait, elle n’aurait manifestement pas pu empêcher l’événement de causer l’annulation ou le retard, sans consentir de sacrifices insupportables pour son entreprise (C-549/07).

Elle doit planifier avec une marge de temps (CJUE, Eglītis, C-294/10) et réacheminer les passagers par le premier moyen disponible, y compris sur d’autres compagnies (CJUE, TAP, C-74/19).

Il faut aussi un lien de causalité direct entre l’événement et votre vol. Un événement qui a touché une rotation antérieure du même avion peut compter, mais seulement si la compagnie prouve ce lien (C-74/19).

Ce qui compte en général et ce qui ne compte pas

ÉvénementExtraordinaire ?Arrêt ou base
Météo rendant le vol dangereux ; fermeture d’aéroport ou d’espace aérienOuiConsidérant 14 ; McDonagh, C-12/11
Décision de gestion du trafic aérien touchant le volOuiConsidérant 15
Impact d’oiseauOuiPešková, C-315/15
Foudre nécessitant une inspection obligatoireOuiAirHelp c. Austrian Airlines, C-399/24
Pneu endommagé par des débris sur la pisteOuiGermanwings c. Pauels, C-501/17
Carburant répandu sur une piste, qui la fermeOuiMoens, C-159/18
Défaut caché de fabrication ou de conception révélé par le constructeur ou une autoritéOuiWallentin-Hermann, C-549/07 ; Finnair, C-385/23
Passager perturbateur imposant un déroutementOui, sauf si la compagnie y a contribuéTAP, C-74/19
Panne générale du système d’avitaillement de l’aéroportOuiSATA International, C-308/21
Pénurie de personnel de l’exploitant d’aéroport chargé des bagagesPossible, si hors du contrôle de la compagnieTouristic Aviation Services, C-405/23
Grève des contrôleurs aériens ou du personnel d’aéroportOui, comme événement extérieurAirhelp c. SAS, C-28/20
Panne technique découverte lors de la maintenance ou des vérifications avant volNonWallentin-Hermann, C-549/07
Défaillance prématurée inattendue d’un composantNonvan der Lans, C-257/14
Collision avec un escalier mobile d’embarquementNonSiewert, C-394/14
Grève des pilotes ou du personnel de cabine de la compagnieNonAirhelp c. SAS, C-28/20
Grève sauvage après l’annonce d’une restructurationNonKrüsemann, C-195/17
Membre d’équipage soudainement malade ou décédéNonTAP, C-156/22 ; Lipton [2024] UKSC 24
Réorganisation des vols après une perturbation antérieure, entraînant un refus d’embarquementNonFinnair c. Lassooy, C-22/11

Chaque sujet a sa propre page : mauvais temps, grèves et problèmes techniques.

Ce qui reste dû

Bon à savoir

Les circonstances extraordinaires ne suppriment que l’indemnisation fixe de 250 à 600 € (220 à 520 £ selon UK261).

La compagnie doit toujours :

  • les repas, les rafraîchissements, les moyens de communication et un hôtel avec transferts si nécessaire (art. 9), sans exception pour les événements exceptionnels (CJUE, McDonagh, C-12/11)
  • le choix entre un remboursement sous sept jours et un réacheminement dans les meilleurs délais (art. 8)

Voir vol annulé et retard de vol.

Comment contester un refus

  1. Demandez des précisions. Demandez par écrit l’événement invoqué, quand et où il s’est produit, comment il a touché votre vol, et ce que la compagnie a fait pour éviter le retard ou vous réacheminer plus tôt. Citez l’art. 5, par. 3 : la charge de la preuve pèse sur la compagnie.
  2. Vérifiez les faits. Comparez avec les autres départs du même aéroport à la même heure. Vérifiez si l’événement concernait votre vol ou un vol antérieur, et combien d’heures les séparaient.
  3. Rapprochez l’événement du tableau. Si la compagnie décrit une panne technique, un manque d’équipage, la maladie d’un membre d’équipage ou une grève de son propre personnel, citez l’arrêt et renouvelez la demande.
  4. Testez la seconde condition. Même avec un véritable événement extraordinaire, demandez quelles mesures raisonnables ont été prises. Un vol le lendemain sur la même compagnie, alors qu’un autre transporteur volait le soir même, ne répond pas au critère de l’arrêt TAP (C-74/19).
  5. Faites monter le dossier. Si la compagnie refuse encore, les options sont :
    • l’organisme national chargé de faire appliquer le règlement ;
    • un dispositif alternatif de règlement des litiges auquel la compagnie adhère ;
    • ou un tribunal des petites créances.

Les étapes et les délais figurent dans comment réclamer, et la formulation dans notre modèle de lettre. Les sociétés d’indemnisation sont une autre voie.

À partir du 23 octobre 2027 : une définition et une liste

Le règlement (UE) 2026/2202, adopté en 2026, s’applique à partir du 23 octobre 2027. Il inscrit dans le règlement le critère de la jurisprudence sous forme de définition et ajoute, dans un nouvel article 6c et une annexe, une liste non exhaustive de circonstances extraordinaires.

La liste couvre notamment :

  • les catastrophes naturelles ;
  • la météo dangereuse ;
  • la guerre ;
  • les passagers perturbateurs ;
  • les urgences médicales ;
  • le sabotage ;
  • les défauts cachés de fabrication ou de conception ;
  • les restrictions de gestion du trafic aérien ;
  • les fermetures imprévues d’aéroport ;
  • les grèves chez les prestataires de services essentiels ;
  • et les dommages causés par des tiers, des animaux ou des corps étrangers.

Trois points du nouveau texte aident les passagers :

  • La compagnie doit prouver un lien de causalité direct entre l’événement et la perturbation.
  • Quand elle refuse une demande, elle doit indiquer quelle circonstance de la liste elle invoque et expliquer en quoi les conditions sont remplies.
  • Elle doit répondre à une demande d’indemnisation dans les 30 jours.

Bon à savoir

Les vols antérieurs à la date d’application sont jugés selon les règles actuelles décrites ci-dessus.

Questions fréquentes

Que sont les circonstances extraordinaires, en termes simples ?

Des événements qui ne font pas partie de l’exploitation normale d’une compagnie et qu’elle ne peut pas maîtriser, comme un aéroport fermé, une restriction du contrôle aérien, un impact d’oiseau ou une alerte de sûreté. L’étiquette ne suffit pas. La compagnie doit aussi montrer qu’elle n’aurait pas pu éviter votre retard ou votre annulation.

À qui incombe la preuve des circonstances extraordinaires ?

À la compagnie. L’article 5, paragraphe 3, dit que le transporteur n’est exonéré que s’il peut prouver les circonstances et que toutes les mesures raisonnables ont été prises. Vous n’avez pas à prouver le contraire. Une réponse sans détails ni preuves ne remplit pas cette charge.

Les circonstances extraordinaires suppriment-elles mon droit aux repas, à l’hôtel ou au remboursement ?

Non. Elles ne suppriment que l’indemnisation fixe de l’article 7. Le droit à la prise en charge selon l’article 9 et au remboursement ou au réacheminement selon l’article 8 demeure, comme la Cour de justice l’a confirmé dans l’arrêt McDonagh, C-12/11.

La maladie du personnel est-elle une circonstance extraordinaire ?

Non. La Cour de justice a jugé dans l’arrêt TAP, C-156/22, que l’absence inattendue d’un membre d’équipage pour cause de maladie, voire de décès, est inhérente à l’exploitation d’une compagnie, qui doit s’y préparer. La Cour suprême du Royaume-Uni est parvenue à la même conclusion dans Lipton v BA City Flyer en 2024.

La compagnie peut-elle invoquer des circonstances extraordinaires quand on m’a refusé l’embarquement ?

Non. L’article 5, paragraphe 3, s’applique aux annulations, et par extension aux longs retards. Il ne figure pas à l’article 4 sur le refus d’embarquement. Dans l’arrêt Finnair c. Lassooy, C-22/11, la Cour de justice a refusé qu’une compagnie invoque une grève antérieure pour ne pas payer un passager à qui elle avait refusé l’embarquement.

La compagnie a rejeté ma demande en invoquant des circonstances extraordinaires. Que faire ?

Demandez par écrit l’événement précis, sa date, le lien avec votre vol et les mesures prises. Si la réponse est vague ou si l’événement est de ceux que les juges considèrent comme un risque de la compagnie, renouvelez la demande, puis saisissez l’organisme national chargé de faire appliquer le règlement, un dispositif de règlement des litiges ou un tribunal des petites créances.

Sources officielles

Dernière vérification le 4 octobre 2026. Cette page donne des informations générales et ne constitue pas un avis juridique. Les règles et la jurisprudence évoluent : consultez la date ci-dessus.

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