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Vol annulé ou retardé par une grève : quand la compagnie doit payer

Dernière vérification le 4 octobre 2026Sources et méthodologie6 min de lecture

Grève

La réponse courte

Si les pilotes ou le personnel de cabine de la compagnie font grève, le droit de l’UE n’y voit pas une circonstance extraordinaire : l’indemnisation de 250 à 600 € est due pour les annulations et les longs retards. Les grèves des contrôleurs aériens, du personnel d’aéroport ou de sûreté échappent au contrôle de la compagnie et la dispensent normalement d’indemniser. Un remboursement ou un réacheminement, des repas et un hôtel sont dus dans tous les cas.

Grève du personnel de la compagnie
Indemnisation due
Grève du contrôle aérien, de l’aéroport, de la sûreté
En général pas d’indemnisation
Dû dans tous les cas
Remboursement ou réacheminement, plus prise en charge
Arrêts clés
Krüsemann C-195/17, SAS C-28/20
Sur cette page
  1. Qui était en grève
  2. Les grèves du personnel de la compagnie
  3. Les grèves de tiers
  4. Ce qui est dû dans tous les cas
  5. Que faire
  6. Hors d’Europe
  7. À partir du 23 octobre 2027

Les compagnies répondent couramment aux réclamations liées à une grève par une seule ligne : « le mouvement social est une circonstance extraordinaire ». Le règlement mentionne bien les grèves au considérant 14, mais la Cour de justice en a beaucoup réduit la portée. La question qui décide de votre réclamation est : qui était en grève ?

Qui était en grève

Qui était en grèveIndemnisation selon les règles de l’UE et du Royaume-UniPourquoi
Les pilotes ou le personnel de cabine de la compagnie, à l’appel d’un syndicatDueRelève de la gestion normale d’une compagnie et de son contrôle (CJUE, Airhelp c. SAS, C-28/20)
Le personnel de la compagnie, action spontanée (« grève sauvage »)DueDécoule des propres décisions de la compagnie (CJUE, Krüsemann, C-195/17)
Le personnel d’une filiale en grève de solidarité avec celui de la compagnie mèreDueÉlément prévisible des relations sociales au sein d’un groupe de compagnies (CJUE, Eurowings, C-613/20)
Les contrôleurs aériensEn général non dueExtérieur à la compagnie et hors de son contrôle
Le personnel d’aéroport, les agents de sûreté, la police aux frontièresEn général non dueMême raison
Le personnel en grève pour des revendications que seul le gouvernement peut satisfaireEn général non dueLa compagnie n’a pas le pouvoir de les régler (C-28/20)

Attention

Le « en général » compte. Même avec une grève extérieure, la compagnie doit prouver deux choses selon l’art. 5, par. 3, du règlement 261/2004 : que la grève a causé l’annulation ou le retard de votre vol, et qu’elle n’aurait pas pu l’éviter en prenant toutes les mesures raisonnables.

Les grèves du personnel de la compagnie

Krüsemann (C-195/17). En octobre 2016, TUIfly a annoncé sans prévenir une restructuration. Pendant environ une semaine, une grande partie de son personnel navigant s’est déclarée malade, et la compagnie a annulé de nombreux vols.

La Cour de justice a jugé qu’il ne s’agissait pas d’une circonstance extraordinaire. Une restructuration est une mesure de gestion ordinaire, le conflit avec le personnel en est une conséquence normale, et le mouvement s’est arrêté dès que la compagnie a trouvé un accord avec les représentants du personnel, ce qui montrait qu’il relevait de son contrôle.

La Cour a ajouté que la licéité d’une grève au regard du droit national ne tranche pas la question.

Airhelp c. SAS (C-28/20). En 2019, les pilotes de SAS ont mené une grève licite, organisée par un syndicat, sur les salaires, après l’échec des négociations.

La Cour, siégeant en grande chambre, a jugé qu’une grève lancée par un syndicat du personnel de la compagnie, respectant le préavis exigé par le droit national et visant les salaires ou les conditions de travail, n’est pas une circonstance extraordinaire.

Les grèves sont l’un des modes de la négociation collective, et un employeur a des moyens de s’y préparer et de les régler. Le droit de grève du personnel n’est pas une raison de laisser les passagers sans indemnisation.

Eurowings (C-613/20). Il en va de même quand le personnel de cabine d’une filiale fait grève par solidarité avec le personnel de la société mère.

Pour les vols couverts par UK261, l’arrêt Krüsemann a été rendu avant la fin de 2020 et fait partie de la jurisprudence britannique.

Bon à savoir

L’arrêt Airhelp c. SAS date de 2021 : les tribunaux britanniques n’y sont donc pas liés, même s’ils peuvent en tenir compte.

La Cour suprême du Royaume-Uni est parvenue à un résultat similaire pour l’absence du personnel, en jugeant que la maladie d’un pilote est inhérente à l’exploitation d’une compagnie (Lipton v BA City Flyer, [2024] UKSC 24).

Les grèves de tiers

Dans l’arrêt Airhelp c. SAS, la Cour a opposé le personnel de la compagnie aux événements « extérieurs » à celle-ci, en donnant pour exemples les grèves des contrôleurs aériens et du personnel d’aéroport. On les admet en général comme des circonstances extraordinaires.

Cela ne clôt pas le sujet. Demandez à la compagnie :

  • Mon vol était-il réellement restreint, ou la compagnie l’a-t-elle annulé pour protéger le reste de son programme ?
  • Qu’a-t-elle fait pour me réacheminer, y compris sur d’autres compagnies ?
  • La grève était-elle terminée au moment de mon vol ? Une compagnie qui avait refusé l’embarquement à des passagers pour faire de la place à d’autres, bloqués par une grève d’aéroport deux jours plus tôt, a dû payer (CJUE, Finnair c. Lassooy, C-22/11).

Ce qui est dû dans tous les cas

Quel que soit le gréviste, la compagnie doit :

  • Un choix entre le remboursement intégral sous sept jours et le réacheminement dans les meilleurs délais (art. 8).
  • La prise en charge pendant l’attente : repas et rafraîchissements, deux appels téléphoniques ou courriels, un hôtel et les transferts si vous êtes bloqué pour la nuit (art. 9). Il n’y a pas d’exception pour les circonstances extraordinaires ni de plafond au nombre de nuits (CJUE, McDonagh, C-12/11).
  • Le remboursement des frais raisonnables si elle vous a laissé vous en occuper vous-même. Gardez les justificatifs.

Les règles de chacun sont dans vol annulé et retard de vol.

Que faire

  1. Cherchez qui fait grève. Les articles de presse et le site de l’aéroport sont en général plus clairs que le message de la compagnie.
  2. Conservez l’avis d’annulation avec sa date. S’il est arrivé 14 jours ou plus avant le vol, l’indemnisation est exclue quelle que soit la cause (art. 5, par. 1, point c, sous i).
  3. Dites par écrit à la compagnie si vous voulez un remboursement ou un réacheminement.
  4. Si c’est le personnel de la compagnie qui était en grève, réclamez l’indemnisation en citant C-28/20 et C-195/17. Le modèle de lettre contient cette formulation.
  5. Si la compagnie refuse, voir comment réclamer.

Hors d’Europe

  • Aux États-Unis, une grève ne donne pas droit à une indemnisation, seulement à un remboursement si le vol est annulé ou fortement retardé et que vous renoncez à voyager (règles du DOT).
  • Au Brésil, la compagnie doit l’assistance matérielle, la réaffectation ou le remboursement quelle que soit la cause (résolution 400 de l’ANAC).

À partir du 23 octobre 2027

Le règlement (UE) 2026/2202 inscrit cette distinction dans le texte. Son annexe range parmi les événements extraordinaires :

  • les grèves chez les prestataires de services essentiels, comme les exploitants d’aéroports, les services de navigation aérienne et les assistants en escale que la compagnie ne choisit pas réellement ;
  • et les grèves dans la compagnie elle-même seulement lorsqu’elles découlent de revendications que seules les autorités publiques peuvent satisfaire.

Bon à savoir

Les grèves ordinaires du personnel de la compagnie restent hors de la liste.

Questions fréquentes

Ai-je droit à une indemnisation si les pilotes de ma compagnie font grève ?

Oui, selon les règles de l’UE. Dans l’arrêt Airhelp c. SAS, C-28/20, la Cour de justice a jugé qu’une grève licite lancée par un syndicat de pilotes pour des questions de salaires et de conditions de travail relève de la gestion normale d’une compagnie et de son contrôle. La compagnie doit 250 à 600 €, sauf si vous avez été prévenu au moins 14 jours à l’avance.

Et pour une grève du contrôle aérien ?

Les contrôleurs ne sont pas salariés de la compagnie, qui ne peut pas régler leur conflit : la grève est donc normalement une circonstance extraordinaire. La compagnie doit tout de même montrer qu’elle ne pouvait pas éviter votre annulation ou votre retard par des mesures raisonnables, et elle doit toujours un réacheminement ou un remboursement, des repas et un hébergement.

La grève a été annoncée il y a des semaines. Cela change-t-il quelque chose ?

Pour l’indemnisation, ce qui compte est le moment où vous avez été informé de l’annulation de votre vol. Si la compagnie l’a annulé et vous en a informé au moins 14 jours avant le départ, aucune indemnisation n’est due. Avec un préavis plus court, une grève de son propre personnel ne l’exonère pas.

La compagnie dit que la grève était illégale ou non annoncée. Doit-elle quand même payer ?

En général oui. Dans l’arrêt Krüsemann, C-195/17, des membres d’équipage se sont déclarés massivement malades après l’annonce surprise d’une restructuration. La Cour de justice a jugé que cette grève sauvage n’était pas extraordinaire, et que la licéité d’une grève au regard du droit national n’est pas le critère.

La compagnie doit-elle me placer sur une autre compagnie pendant une grève ?

Le réacheminement doit se faire dans les meilleurs délais, dans des conditions comparables. Si les vols de la compagnie sont cloués au sol et qu’un autre transporteur a des places, vous y réserver une place fait partie des mesures raisonnables attendues d’elle (TAP, C-74/19). Demandez-le expressément.

Sources officielles

Dernière vérification le 4 octobre 2026. Cette page donne des informations générales et ne constitue pas un avis juridique. Les règles et la jurisprudence évoluent : consultez la date ci-dessus.

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